Chansons & Musiques

Fragile



POÉSIE CHANTÉE

Le poème de ce jour, s'est invité sous forme de chanson.
Et j'ai voulu lui rendre hommage en voix et en images.
Je suis heureuse de vous les offrir aujourd'hui.

La chanson s'appelle FRAGILE.
En hommage à notre humanité.
Et en hommage à ma sensibilité.
Peut-être la vôtre aussi.

Belle écoute.

💖💖💖

"Fragile,
Comme un enfant qui a du chagrin.
Comme un cœur qui bat blessé par des mots.
Pas facile de vivre nu dessous sa peau,
Quand chaque rencontre taille mieux qu’un couteau.
Fragile,
Dans un corps bancal, se cacher en soi.
Taire ce qui fait mal dans un regard droit.
Ne pas s’effondrer à chaque matin
Et tenir son monde, là, dedans ses mains
Fragiles"

Aurélie
Poésie

Poème – Je veux


❝ Je veux sentir mon corps sous tes mains exulter.
Je veux la douceur de nos partages et la joie de nos rires mêlés.
Je veux la chaleur de ton regard sur moi posé, sous l’effet du sourire que tu me tends, voir tes yeux aux miroirs étincelants se plisser.

Je veux ton écoute, ton attention, ta présence pleine et entière qui permet à mon être d’EX - ISTER dans son entier.
Je veux nos voyages et nos découvertes, nos yeux émerveillés par la beauté du monde.
Je veux la gentillesse quand tu t’adresses aux autres.
Je veux ta confiance et ta sérénité quand tu marches devant moi, mains dans les poches, décontracté.
Je veux ton regard au loin qui sait voir ce que d’autres ne voient pas.
Je veux ton sourire quand tu me vois.
Je veux ton désir quand tu t’approches de moi.
Je veux nos jeux, nos danses, nos baisers d’amoureux.
Je veux ton soutien dans les creux, ta confiance en ma voie.
Je veux ta voix qui murmure des choses qui ne sont que pour moi.

Je veux te voir grandir, vivre et évoluer.
Je veux te voir aider, je veux te voir aimer.
Je veux voir tes prières, tes rituels à la lune.

Je veux voir ta face sombre que tu sais et assumes, et à laquelle tu souris.

Je veux notre gentillesse à deux, nos deux cœurs aimants qui offrent leur douceur au monde pour faire du bien et soulager ses enfants.

Je veux nos silences, le vent qui nous chuchote.
Je veux les volcans, ta passion, ton élan mâle, fougueux.

Je veux ta poésie et tes lettres d’amour.
Je t’offrirai les miennes et mon cœur en retour.

Je veux ta stature d’homme qui avance et décide.
Je veux ta dignité, ta justesse, ton respect.
Celui qui te précède quand tes pas croisent ceux d’autres êtres en chemin.
Je veux ta main dans ma main.
Je veux mes mains dans tes mains, mes cheveux sur ton épaule et mes hanches autour de toi.
Je veux nos ébats.

Je veux nos échanges passionnés, attentifs, jusqu’au bout de la nuit.
Je veux te montrer qui Je Suis.
Je veux tes amis, ceux qui peuplent ton monde.

Je veux ta créativité, tes compétences et ta radiance.
Je veux ta royauté.

Je veux nos premières fois, je veux nos souvenirs.
Je veux le mal de ventre tout repu de fous-rire.
Je veux tes compliments, les miens à ton oreille.
Je veux ton corps, le mien, empâtés de sommeil.

Je veux toucher ta peau, sentir, goûter, entendre.
Je veux te rencontrer, te laisser me surprendre. ❞

⭐️⭐️⭐️

Texte : Aurélie
Photo ©L’Oeil du Moineau (https://www.loeildumoineau.com/).

Contes et Légendes

Conte – Les enfants du monde

Au pays des histoires, vivaient quatre enfants.

L’un connaissait la pluie, les fontaines et le vent, et savait raconter, de la mer, les histoires. De celles qui font pleuvoir, et le sel, et l’espoir. Il savait qu’au delà de la mer et des eaux, se cachait un trésor qui portait un manteau. Un manteau de rosée, un manteau blanc d’écume pour les jours sans vie, les nuits privées de lune. Il savait transformer, en gouttes scintillantes, les tristes émotions et les douleurs fumantes.

L’autre, quant à lui, savait le désert, l’aride et le vent, aussi, mais le père. Le vent sec et froid qui pique à la face, le vent chaud du sud qui fait les grimaces. Il savait le souffle sur la peau gercée, la peur dans le ventre, le sable enlisé. Il contait au soir, coyotes hurlants, la joue caressée, le bruit du serpent. Il domptait la peur dans chaque poème, de cette terreur qui dedans s’égrène et fait frissonner, même en terre brûlante.

Le troisième enfant savait attiser le feu de la terre, dans l’antre enfermé. Le feu, disait-il, est une embellie, quand, au cœur des hommes, il ôte folie, et fait rayonner, en un brasier clair, les rêves et les Dieux, les chants et les frères. Il savait la flamme qui brûle la chair et celle qui fait de l’ombre, lumière. Dans ses yeux ardents brillait l’étincelle, qui fait s’éveiller la chaleur charnelle et, au fond des cœurs, le désir brûlant, chez ceux que la peur délaisse un moment.

Et le quatrième, Sorcier entre tous, connaissaient les herbes, les pierres et la mousse, les forêts paisibles, les arbres tordus, la liqueur de cidre, le fruit défendu. De glaise et de boue, avançait matin, entre deux bosquets, un chêne à la main. Il savait le chant des feuilles sauvages, les mots de la terre, le cri des nuages. Il savait prédire, entre deux chemins, celui tout de bon et l’autre malin. Les vers, qui luisaient, racontaient ses pas aux marcheurs perdus, en quête de joie.

En ces quatre enfants, aux confins des mondes, se baignait la vie, rythmant ses secondes. À leurs cœurs chantant, elle venait conter les puits de sagesse qu’elle avait portée. Et c’est au matin, quand tous repus, qu’enfin repartait comme était venue.

Les enfants sauvages buvaient à ses mots et les distribuaient, en précieux cadeaux, autant que leurs voix pouvaient murmurer à l’oreille des hommes, de rêves embrûmés.

Que le vent se meure, que la terre implose, que le feu s’éteigne en la mer morose, ces enfants bénis portent les histoires, qui savent au monde redonner l’espoir.

Ecoutez-les bien quand au soir venu, le souffle murmure sur votre peau nue, quand au coin de l’âtre crépite l’envie, quand, dans votre bain, vous lave la pluie. La terre sous vos pieds raconte, elle aussi, les mots des enfants qui n’ont pas vieilli.

Contes et Légendes

Conte – Lumières au jardin

Au temps des Reines et Rois vivait fleur jolie, aux pétales de soie arrosés par la pluie. Son teint, or et vermeil, reflétait – Ô merveille ! – du soleil, haut perché, les rayons mordorés.

Heureux de profiter d’un don inattendu, près d’elle s’asseyait le jardin tout entier, offrant à l’univers mille visages émus, égayés de lumière et de chaleur baignés.

Les escargots, bruissant sous leurs frêles coquilles, remuaient leurs antennes pour n’en point perdre miette. Herbes aux habits princiers, qui de lumière scintillent, laissaient des pluies d’insectes fleurir leurs robes vertes.

Un jour où le soleil brillait haut, brillait fort, le spectacle si beau mit le jardin en transe. Tintant, vibrant, brillant, du sud jusqu’au nord, la fleur embellissait la vie de sa présence. À tel point que des rais de lumière audacieux s’invitèrent aux vitres du royal salon, où le Roi et la Reine déjeunaient, le teint gris, sur la longue longue table, au silence religieux… « D’un ennui à mourir… », chez les souris, dit-on.

Obligé, malgré lui, à clignoter des yeux, le Roi sur son fauteuil s’agitait comme diable, piquant de son épouse le naturel curieux, toujours si bien coiffé, toujours si présentable.
« Mais enfin mon ami, que vous arrive-t-il donc ? » finit par s’agacer, terne reine irritable, qui bien mal admettait que l’on ose interrompre l’aimée dégustation de sa soupe maussade.
« Je ne sais dire, ma mie… », lui rétorqua le roi qui, de gauche et de droite, dansait sur son séant. « À croire que le soleil veut se jouer de moi, et tente d’éclipser mon suprême ascendant. »

Un soupir appuyé – voilà ! C’en était fait !
Leur repas froid, gâché, les deux royaux sujets soulevèrent, en chœur, leurs royaux postérieurs, pour devant la fenêtre, immense et d’or sertie, les poster, sans un bruit. Et la stupeur les tint, en voyant le jardin réserver une fête à autre créature que leur deux Majestés.
La soupe était complète !

Un souverain juron s’échappa – Ô blasphème – de la bouche du Roi qui cria : « Nom de nom ! ». Alors qu’à ses côtés, les vapeurs de la Reine embrumaient le teint pâle de son museau grognon.

Un tel outrage, bien sûr, ne pouvait sans réponse, rester – Ô ciel obscur ! – sans un coup de semonce. Reine, Roi et sujets interrompirent alors l’insipide banquet pour se hâter dehors. Une fois n’était coutume, ils iraient au jardin sans apprêt, ni costume, sujets ou baisemain.

À la vue de nos deux Seigneuries en haillons, le jardin tout entier retint souffle et soupir. Sauf la fleur jolie qui, d’un coeur si bon, continuait à valser, s’ébrouant de plaisir, et ayant à pistil d’illuminer la cour et, s’il était utile, les jardins alentours.
La lumière, pour elle, était un feu cadeau, flamme brute, étincelle, à partager bien haut.
Les yeux fermés, bien sûr, le danger ne vit point, pas plus que les éclairs qui foudroyaient, en chien, sa robe scintillante, miroir d’étoiles, bijou, depuis les yeux furieux des monarques jaloux.
D’un coup sec comme mort, le Roi épris de rage, arracha de la fleur et la tête et le corps, faisant fâner en choeur rayons, rais et mirages, de la belle, qui mourut sans un cri, sans hommage.

Alors que le jardin, figé dans sa stupeur, n’osait laisser rouler les larmes menaçant, ravalant en sa terre, peur, tristesse et chagrin, la voix du Roi tonna son dédain piétinant.
« Que plus jamais personne ! Que personne – Ô jamais – ne s’avise au jardin d’éclipser mon Soleil, de me jeter à l’ombre, de faire pâlir mes traits, d’affadir ma Splendeur à nulle autre pareille. JE suis le Roi soleil, présidant à cet astre, éclairant mon royaume de ma royale Lumière ! JE suis monts et merveilles, contreforts et pilastres. Moi JE soutiens le monde ! De moi il s’émerveille !
Me suis je bien fait comprendre ? »
De question n’était point, lors faisant grise mine, tout le jardin, navré, contraint, courba l’échine.
D’ailleurs qui oserait un Roi solaire reprendre ?

Pourtant quelques rumeurs, que l’on n’attendait point, firent frissonner le Roi, la Reine et le jardin, destituant de leurs trônes les Monarques assis, cul dans l’herbe, teint jaune, par le ciel éblouis.
L’astre de feu, perché dans les Hauts sans nuage, avait, c’était certain, fait valser ses rayons, pour que leurs ricochets sur les royaux visages, aveuglent leur folie, leur cruauté sans nom.

Brûlant de vanité, les globes de la Reine et bientôt ceux du Roi perdirent de leur superbe, masquant à leur regard leur si précieuse splendeur. Disparut le jardin, les bouquets et les herbes, ne laissant que la nuit dans leur yeux presque éteints.

Une voix rugissante, berceau du fond des temps, perça les galaxies et les lunes hurlantes, pour atterir aux pieds de nos aveugles assis.

« Je suis l’astre Lumière, le seul qui soit vraiment, et éclaire sur terre, tous, pareillement ! Si quelques créatures, avec courage et joie, diffusent ma lumière, de leurs coeurs grands ouverts, qui êtes-vous, Ô Rois, pour les mettre à l’enfer ?
Si l’innocente offrande offense vos egos, rien ne vous sert de voir du monde la beauté. Ne sachant l’apprécier, qu’il soit fort laid ou beau, votre dédain détruit ce que vous contemplez.
Vous vous pensez Soleil ? Vous l’êtes en vérité !
Mais pour de nouveau voir mes rayons scintiller et Beauté de la vie de nouveau contempler, il vous faudra d’abord, en vous même, trouver l’étincelle qui fait que d’Amour vous brillez, et qui éclaire votre Âme de son feu de bonté.»

La voix se tut alors, et puis ce fut la nuit.

De ces mots, les Monarques n’avaient rien compris. Se relevant en hâte, vomissant leur mépris, ils fuirent, se privant de leur propre éclaircie.

Ni les mousses joufflues, ni les dodus bosquets, n’adoucirent leurs chutes. Le jardin se moquait de ces deux Seigneuries, aveuglées par l’orgueil, qui rendrait même aveugle le plus perçant œil.

Les mois passèrent ainsi, égrénant leur silence, parsemant le jardin de graines d’indolence. Tout ici reposait.

Et puis c’est au matin, comme dans les histoires, que le soleil cogna, battant froid à la nuit, sur un petit machin, pas plus grand que l’espoir, qui de sa robe neuve, le jardin éblouit.

Fusèrent les houras ! Tonnèrent les bravos !
Le jardin s’éveillait de son morne repos.

Les herbes s’ébrouèrent, invitant au ballet, larves, insectes et vers, sur leurs manteaux si frais. Les escargots, bruissants, antennes remuèrent pour capter en tremblant cette neuve Lumière.
Tout enfin renaissait.

Ô merveille des merveilles, elle était revenue, la fleur qui, du Soleil jusque sur les visages, reflétait la Lumière, venue du fond des âges.

Poésie

De la noblesse de s’effondrer

Poésie

Poème – Elle dort en moi


❝ Cent fois, elle s’est endormie là,
entre ma chair et mes envies,
à l’aube, préférant l’oubli,
renonçant par trop de combat.

Entre mes nuits et mes élans,
cent fois, elle s’est endormie là,
aux portes de mon cœur d’enfant,
alanguie par la peur qui bat.

Derrière les yeux clos, abdiquant,
assombrie par la nuit tenace,
cent fois, elle s’est endormie, lasse,
lourde de ne savoir comment.

À peine l’esquisse d’un geste,
un pas renonçant, une ivresse,
par peur du vide, serrant l’impasse,
cent fois s’est endormie, hélas,

Elle dort en moi, là, je la sens,
quand vient le moment d’être en vie,
trouvant refuge rassurant
au-dedans de ses amnésies.

Qu’un baiser de foi et d’audace,
témérité, instinct vorace,
la fasse émerger de l’oubli,
pour ses rêves enfin goûter,
le fil des élans tricoter
en une toile de lumière,
tenant la porte des paupières…

De nouveau ouverte à la vie. ❞

⭐️⭐️⭐️

Texte : Aurélie
Illustration ©EED (www.endiveenvie.com – Créations Graphiques Nomādes).

Poésie

Poème – Féminité


❝ Elle est au cœur de mes pensées
Femme rebelle, âme sauvage.
Elle est lueur de liberté,
Un étendard face aux outrages.

Elle s’érige en garde-fou,
De mes terres saintes, eaux de Lumière,
Prêtresse, Gardienne du Tout,
En ses étreintes, douce guerrière.

C’est elle qui mène mes combats,
Depuis le cœur de mes défaites.
La guide en chacun de mes pas
Sur la route de mes conquêtes.

Droite et solide en mon endroit
Quand se redresse ma fierté,
Elle crie son nom depuis ma voix,
Un nom que j’aime…
Féminité. ❞

⭐️⭐️⭐️

Texte : Aurélie
Illustration ©EED (www.endiveenvie.com – Créations Graphiques Nomādes).

Contes et Légendes

Conte – Le cœur de l’ours

Grosse voix rugissant dans la nuit sans sommeil.

Un homme, fort comme trois, bondit de sa maison et se hâte, en haillons, de gravir la montagne. Il y a là-bas, dit-on, un de ces ours bruns qui sait donner sa force au plus fort des humains.
L’homme a toujours rêvé d’être fort comme diable et de prendre revanche sur les Grands de la terre. Car, depuis sa naissance, il est traité en chien, portant, sur ses épaules, le poids de sa misère.

Son coeur est lourd de rage ! Et c’est en la mâchant qu’il gravit les rocailles, grimpe les chemins blancs. Il en bave de fureur.
Il traverse les bois, les torrents déchaînés, écoutant de son coeur la hargneuse mélopée.

Arrivé au sommet, point d’ours à l’horizon. Juste un petit lapin tout doux dans sa fourrure.
Grosse voix le rabroue, le sommant de partir.
Il vient chercher un ours, pas la douceur, pour sûr !

Le lapin le regarde et ouvre grand la bouche mais, avant qu’une phrase ne frise ses moustaches, la grosse voix grommelle, se raidit et se fâche :
– Que t’ai-je dit nabot ! N’as-tu point entendu ? Je viens chercher la force, pas la mièvrerie nue !
– En es-tu donc bien sûr ? lui rétorqua lapin, avec un grand sourire. Ton coeur n’est-il pas las de gémir et souffrir ?

L’homme grogne bien fort. Pourtant il ne dit rien.
Poilu n’avait pas tort, il le savait trop bien.
– Tu veux vaincre le monde, mais moi je crois surtout que tu rêves d’aimer…
– Foutaise ! C’est pour les fous ! grommela l’entêté.

L’homme frappe du poing contre un petit rocher, dont la tête se fend, tombant près de ses pieds.
– Comment t’appelait-on quand tu étais petit ?
– La Bête ! Et ce surnom te vaudra d’être frit, si tu ne cesses pas ton charabia bientôt ! C’est la force de l’ours que je veux !
Il rugit.
– Regarde ce rocher, tu l’as brisé d’un rien… Est-ce donc bien de force, dont tu manques l’ami ? Qu’en feras-tu dis-moi ?
– Je détruirai le monde, comme lui m’a détruit !

Passe alors derrière lui, silhouette de nuages, la plus belle des femmes qu’il eut vu de sa vie. Elle le dévisage, lui offrant son sourire, puis comme les mirages, disparaît sans un bruit.
Le gaillard est troublé. Il bute sur les mots et se met à trembler malgré lui. Fait nouveau !
– Quelle est donc cette femme ? Je ne l’ai jamais vue…
– La tienne mon ami ! Pour peu que de la terre tu épargnes la vie…
– Je ne te comprends pas !
– Crois-tu que de détruire t’aidera à aimer ? Crois-tu qu’ôter la vie pourra te soulager de ta sourde souffrance ? C’est un gouffre sans fond, dans lequel s’enfoncent tous ceux qui à l’amour par vengeance renoncent.

La femme alors repasse et lui sourit encore. Sa voix douce comme soie le berce de ses mots :
– Viens-tu donc mon mari ? Je t’attends depuis tant de rêves et de vies que je vais bien finir par me faner d’ennui.
Nouveaux balbutiements. L’âme au dedans s’agite.
– Je ne veux point de brute, mais de ton coeur aimant.

« Comment faire ? », supplient les yeux noirs du bonhomme.
Le lapin doux lui souffle au dessous des oreilles :
– Donne-moi ta colère, tes rages et ta peine, et je t’offre en retour mon pelage d’amour.
– Elles sont ce que je suis ! s’obstine Grosse voix, ruminant son mépris.
– Alors c’est bien ainsi ! fait le lapin rieur.
Il lui tourne le dos, vers la femme sautant pour lui prendre le bras, tel le font les amants.

L’homme mordille ses doigts, se tortille sans bruit au creux de sa chemise.
– Attends ! tempête-il. Cette femme m’est promise.
Le lapin amusé arrête ici son jeu et ôte son manteau de poils duveteux. L’homme un moment hésite.
Et puis d’une main moîte, aussi géant qu’il soit, il plonge dans son coeur pour en faire ressortir le fond de sa rancoeur. Une épée gigantesque, lourde comme la mort, qu’il jette sur le sol, en même temps que remords.
Le voilà mis à nu.

Il saisit la fourrure que le lapin lui tend et enfile à la hâte son nouveau vêtement. Tout au dedans s’éclaire.
Et c’est le coeur léger, sans regard en arrière, qu’il bondit dans les bois, sa femme à ses côtés, se régaler d’Amour, comme il l’avait rêvé. En secret…

Le lapin les regarde, un sourire à la face.
Les voyant disparaître au détour d’un bosquet, le petit animal de douleur grimace et se change – Quel tour de magie vagabonde ! – en un ours si grand que les sommets du monde à lui seul dépasse.

Il se saisit alors de l’épée de malheur et la cache bien loin, tout au fond de son coeur.

Avec le temps, c’est sûr, elle fera pour un homme, une douce fourrure à troquer contre un glaive afin qu’à l’intérieur l’Amour enfin rayonne et qu’au-delà des mondes la douceur s’élève.

Vécu & Enseignements

Enseigner l’autonomie

Accompagner quelqu’un ne consiste pas à le porter sur ses épaules, mais à lui apprendre à se servir de ses ailes.


Cette publication, je l’avais créée en référence à mon père qui, de ma naissance à mes 20 ans, – moment de son décès -, avait décidé d’absolument tout dans ma vie : mes études, mes sorties, mes fréquentations, mes actions, mes pensées, aussi.

😱 296 partages, plus de 16 000 vues. De l’inattendu et du jamais atteint depuis.

Ce que les personnes qui ont partagé ce post ne savaient pas, c’est qu’il avait été rédigé comme un reproche. Un reproche que je lui adressais, d’ici à là-haut, alors que je me lançais dans l’auto-entrepreneuriat – suivant sans même m’en rendre compte, et avec fierté, le chemin que lui-même avait emprunté près de 40 ans avant moi.

  • Un reproche pour ne pas m’avoir appris à me débrouiller seule, à faire mes propres choix, à avoir confiance en moi et en ma valeur, à marcher ma vérité et mes décisions.
  • Un reproche pour m’avoir portée sur ses épaules, sans m’avoir appris à marcher.
  • Un reproche de m’avoir enseignée à m’en remettre à une autorité autre que la mienne, à lui obéir et à la craindre de surcroît, avec la sensation de n’être pas capable de tracer mon propre chemin, ni suffisante pour être considérée – par moi la première d’ailleurs.

La vérité, c’est que je souffrais et que j’avais peur.

J’avais 39 ans et je me sentais perdue, seule aux commandes d’un navire professionnel dont je ne savais pas quelle direction lui donner, et qui me semblait bien trop gros, alors même que les ambitions qui le sous-tendaient étaient gigantesques.

Je souriais pourtant, jouant les braves pour prouver à la vie, aux autres et à moi que tout cela ne m’atteignait pas. Et je me suis crue parfois.

Crédit photo : Béatrice BOUQUIN

Une peur qui était apparue depuis le moment où il avait annoncé, 5 ans avant sa mort, que dans 5 ans, il ne serait plus là. J’avais alors commencé à voir flou et porter des lunettes, à faire des crises d’hypochondrie et d’angoisse, à avoir des tocs, dès qu’il s’agissait de décider pour moi. Je n’avais alors pas fait le lien.

Prescience ou auto-destruction, 5 ans après mon père est mort effectivement, m’abandonnant à mon angoissant sort. Puisqu’il n’était plus là pour me guider, me « téléguider » devrais-je dire. Je lui en ai voulu d’avoir voulu être à ce point un pilier indispensable que sans lui, je ne savais plus exister.

Nous en avons d’ailleurs fait, avec ma sœur, une chanson que je vous partage ici dans sa toute première version composée à la guitare, seul instrument que j’avais à ma disposition à cette époque. Cette même version que j’avais alors envoyée à ma sœur, après qu’elle m’ait transmis des bouts de paroles qui m’avaient amenée à regarder ce deuil en moi que je n’avais pas encore fait.

Il est venu le temps – Chanson d’Aurélie et Caroline BRUNET – Pour toi, Papa.

Comment se débrouiller seul quand on n’a pas appris et qu’on est terrorisé.e par la vie ?

  • J’ai cherché à fuir mes pensées et mes peurs d’abord – mes besoins aussi : alcool, sorties, relations d’un soir, pitreries, ambitions professionnelles et sociales, immersion dans le travail…
  • J’ai créé, créé, créé, jusqu’à ne faire plus que ça de mes journées : Endive Store, Endive envie de, une boutique Etsy, des livres, un blog, un jeu d’oracle, des chansons, un magazine Angels Inside… Tout ce qui pouvait occuper mon esprit.
  • J’ai pris des médicaments aussi, ai bu seule chez moi, me suis noyée dans des séries télé, ai cherché à briller en chantant de l’Opéra.
  • J’ai cherché des Sauveurs surtout : des compagnons, des patrons, des thérapeutes, des coachs… Toute figure d’autorité qui pourrait me dire quoi faire, qui être, où aller. Le but n’était pas de m’autonomiser. Le but était de trouver des conseillers, alors même que je ne voulais pas de leurs conseils.

Si je suis honnête aujourd’hui, et que je me regarde vraiment, ne rien avoir à décider était un luxe et un confort dans lequel je me suis lovée durant des années. Parce que, qui dit ne rien décider, dit en effet :

  • Pas d’erreur,
  • Pas de responsabilité,
  • Pas de risque d’échouer.

Et au fil de ces dernières années, j’ai aussi réalisé qu’au-delà d’être un pilier et un père, il était un Homme : Alain.

Un homme avec son vécu, ses failles, ses blessures d’enfant, ses rêves déçus, son Amour.

Et qu’il m’a transmis du plus fort qu’il a pu, ce qu’il connaissait et qui lui semblait essentiel : la force, l’obstination, se tenir debout et serrer les dents dans les épreuves, vouloir se dépasser et réussir, ne pas faiblir face à l’adversité, se montrer généreux et joyeux même quand le cœur pleure et saigne, et quand l’espoir se meurt.

C’est d’ailleurs ce qu’il a fait jusqu’à la fin : des blagues aux infirmières à quelques jours même de sa mort.

Aujourd’hui, que je relance, ce 5 septembre 2024, l’aventure Abondance en Soi – comme une chance d’unir et d’unifier mes Univers, mes prises de conscience, mes dons et mes savoirs en un même lieu qui me ressemble – je lui dis merci.

  • Merci pour la vie qu’il m’a donnée
  • Merci pour les valeurs qu’il m’a inculqué
  • Merci pour ce modèle de courage et de gentillesse qu’il a été pour moi
  • Merci – ainsi qu’à ma mère – d’avoir brisé les chaînes de souffrance héritées de leur famille et de m’avoir aimée, au point de vouloir le meilleur pour moi.

De m’avoir amenée à comprendre que même avec les meilleures intentions du monde, personne ne sait pour nous ce qui est juste et bon. Et que chaque thérapeute, parent, aidant, ou être humain tout simplement, devrait se souvenir de ceci :