Il y a plusieurs façon d'ouvrir les mains. Et aucune n'est meilleure qu'une autre. Chacune d'entre-elles témoigne simplement de notre posture intérieure quant au donner et au recevoir, et de ce que nous portons de crainte ou de foi, de protection ou d'ouverture, de passé ou d'avenir, de souffrance ou de paix.
LA MAIN GAUCHE.
Celle, maladroite, qui ne sait recevoir. Habituée aux coups, aux entourloupes, aux brimades, elle vit dans la peur de s’ouvrir et se ferme sans même le savoir. À la vie, aux opportunités, à la douceur et à l’amour. Persuadée que s’ouvrir la mettra en danger. Elle surveille, se dérobe, n’ose rien retenir de peur de se brûler.
Cette main c’est la nôtre, lorsque l’on craint encore et que l’on se protège de souffrances trop grandes. Celle qui peut devenir un réservoir d’amour, si on l’y aide un peu.
Avec de la patience et force de douceur, elle peut (re)devenir celle qui, reliée au cœur, est joie de recevoir en pleine sécurité. Celle qui sait que la vie œuvre de son côté et que l’amour s’invite en sa paume déployée, à chaque instant béni. Large comme un panier, elle reçoit les grâces que le monde a toujours voulu y déposer.
LA MAIN DROITE.
Celle, stratège, qui refuse de donner. Familière des vols, trahisons et moqueries, du don de soi jusqu’à l’oubli, du sacrifice de ses envies. Celle qui épuisée, n’a plus rien à offrir, ou du moins ne veut plus et se ferme de rage. Celle qui n’a su dire, ni poser ses limites et qui se change en poing quand les mots ne suffisent. Qui protège sa tour et se garde de tout.
Cette main c’est la nôtre, lorsqu’on a trop donné, trop loin et trop longtemps. Que notre corps dit « Stop ! C’est mon tour maintenant ». Qui peut redevenir un puits de dons précieux, lorsqu’on la protège, un peu mieux.
Grâce à de saines limites et un respect de soi, elle peut redevenir celle qui offre avec joie ses talents et ses dons au monde alentours. Ses trésors que jamais personne ne pourra prendre et qui se multiplient quand elle les offre enfin, car elle les porte en elle, en sa propre lumière, dont elle seule connaît son habitat secret.
Il y a plusieurs façon d'ouvrir les mains. Et vous trouverez la vôtre, en (vous ré)écoutant, ce que murmurent, en corps, au sein de vos cellules, vos besoins profonds.
Rendez-vous de l’autre côté de la peur, si le cœur vous en dit.
Il y a 6 ans et 1 jour précisément – le 4 septembre 2018 – je postais cette publication sur une Page Facebook tout fraîchement créée « Abondance en Soi », qui devait alors être le berceau de ma toute nouvelle vie de femme entrepreneur libre et puissante.
Accompagner quelqu’un ne consiste pas à le porter sur ses épaules, mais à lui apprendre à se servir de ses ailes.
Cette publication, je l’avais créée en référence à mon père qui, de ma naissance à mes 20 ans, – moment de son décès -, avait décidé d’absolument tout dans ma vie : mes études, mes sorties, mes fréquentations, mes actions, mes pensées, aussi.
😱 296 partages, plus de 16 000 vues. De l’inattendu et du jamais atteint depuis.
Un message comme un reproche
Ce que les personnes qui ont partagé ce post ne savaient pas, c’est qu’il avait été rédigé comme un reproche. Un reproche que je lui adressais, d’ici à là-haut, alors que je me lançais dans l’auto-entrepreneuriat – suivant sans même m’en rendre compte, et avec fierté, le chemin que lui-même avait emprunté près de 40 ans avant moi.
Un reproche pour ne pas m’avoir appris à me débrouiller seule, à faire mes propres choix, à avoir confiance en moi et en ma valeur, à marcher ma vérité et mes décisions.
Un reproche pour m’avoir portée sur ses épaules, sans m’avoir appris à marcher.
Un reproche de m’avoir enseignée à m’en remettre à une autorité autre que la mienne, à lui obéir et à la craindre de surcroît, avec la sensation de n’être pas capable de tracer mon propre chemin, ni suffisante pour être considérée – par moi la première d’ailleurs.
Derrière le reproche… LA PEUR
La vérité, c’est que je souffrais et que j’avais peur.
J’avais 39 ans et je me sentais perdue, seule aux commandes d’un navire professionnel dont je ne savais pas quelle direction lui donner, et qui me semblait bien trop gros, alors même que les ambitions qui le sous-tendaient étaient gigantesques.
Je souriais pourtant, jouant les braves pour prouver à la vie, aux autres et à moi que tout cela ne m’atteignait pas. Et je me suis crue parfois.
Crédit photo : Béatrice BOUQUIN
Une peur qui était apparue depuis le moment où il avait annoncé, 5 ans avant sa mort, que dans 5 ans, il ne serait plus là. J’avais alors commencé à voir flou et porter des lunettes, à faire des crises d’hypochondrie et d’angoisse, à avoir des tocs, dès qu’il s’agissait de décider pour moi. Je n’avais alors pas fait le lien.
Prescience ou auto-destruction, 5 ans après mon père est mort effectivement, m’abandonnant à mon angoissant sort. Puisqu’il n’était plus là pour me guider, me « téléguider » devrais-je dire. Je lui en ai voulu d’avoir voulu être à ce point un pilier indispensable que sans lui, je ne savais plus exister.
Nous en avons d’ailleurs fait, avec ma sœur, une chanson que je vous partage ici dans sa toute première version composée à la guitare, seul instrument que j’avais à ma disposition à cette époque. Cette même version que j’avais alors envoyée à ma sœur, après qu’elle m’ait transmis des bouts de paroles qui m’avaient amenée à regarder ce deuil en moi que je n’avais pas encore fait.
Il est venu le temps – Chanson d’Aurélie et Caroline BRUNET – Pour toi, Papa.
Chercher des Sauveurs
Comment se débrouiller seul quand on n’a pas appris et qu’on est terrorisé.e par la vie ?
J’ai cherché à fuir mes pensées et mes peurs d’abord – mes besoins aussi : alcool, sorties, relations d’un soir, pitreries, ambitions professionnelles et sociales, immersion dans le travail…
J’ai créé, créé, créé, jusqu’à ne faire plus que ça de mes journées : Endive Store, Endive envie de, une boutique Etsy, des livres, un blog, un jeu d’oracle, des chansons, un magazine Angels Inside… Tout ce qui pouvait occuper mon esprit.
J’ai pris des médicaments aussi, ai bu seule chez moi, me suis noyée dans des séries télé, ai cherché à briller en chantant de l’Opéra.
J’ai cherché des Sauveurs surtout : des compagnons, des patrons, des thérapeutes, des coachs… Toute figure d’autorité qui pourrait me dire quoi faire, qui être, où aller. Le but n’était pas de m’autonomiser. Le but était de trouver des conseillers, alors même que je ne voulais pas de leurs conseils.
Parce que derrière la peur se cachait un besoin, au moins aussi grand que la terreur et de la rage que je ressentais : celui de décider pour moi et d’être Souveraine de mon Existence.
(Re)prendre sa responsabilité
Si je suis honnête aujourd’hui, et que je me regarde vraiment, ne rien avoir à décider était un luxe et un confort dans lequel je me suis lovée durant des années. Parce que, qui dit ne rien décider, dit en effet :
Pas d’erreur,
Pas de responsabilité,
Pas de risque d’échouer.
Et au fil de ces dernières années, j’ai aussi réalisé qu’au-delà d’être un pilier et un père, il était un Homme : Alain.
Un homme avec son vécu, ses failles, ses blessures d’enfant, ses rêves déçus, son Amour.
Et qu’il m’a transmis du plus fort qu’il a pu, ce qu’il connaissait et qui lui semblait essentiel : la force, l’obstination, se tenir debout et serrer les dents dans les épreuves, vouloir se dépasser et réussir, ne pas faiblir face à l’adversité, se montrer généreux et joyeux même quand le cœur pleure et saigne, et quand l’espoir se meurt.
C’est d’ailleurs ce qu’il a fait jusqu’à la fin : des blagues aux infirmières à quelques jours même de sa mort.
Remercier et avancer
Aujourd’hui, que je relance, ce 5 septembre 2024, l’aventure Abondance en Soi – comme une chance d’unir et d’unifier mes Univers, mes prises de conscience, mes dons et mes savoirs en un même lieu qui me ressemble – je lui dis merci.
Merci pour la vie qu’il m’a donnée
Merci pour les valeurs qu’il m’a inculqué
Merci pour ce modèle de courage et de gentillesse qu’il a été pour moi
Merci – ainsi qu’à ma mère – d’avoir brisé les chaînes de souffrance héritées de leur famille et de m’avoir aimée, au point de vouloir le meilleur pour moi.
Merci surtout, de m’avoir montré, en m’apprenant à me soumettre, me sacrifier et obéir, l’impérieuse nécessité de décider pour Soi.
De m’avoir amenée à comprendre que même avec les meilleures intentions du monde, personne ne sait pour nous ce qui est juste et bon. Et que chaque thérapeute, parent, aidant, ou être humain tout simplement, devrait se souvenir de ceci :
Ce n’est pas de vos conseils dont l’autre a besoin, mais de cet espace de Présence, d’Ouverture et d’Écoute que vous êtes, et qui lui permet d’entendre résonner ses propres richesses, ressources et vérités. »