Vécu & Enseignements

Enseigner l’autonomie

Accompagner quelqu’un ne consiste pas à le porter sur ses épaules, mais à lui apprendre à se servir de ses ailes.


Cette publication, je l’avais créée en référence à mon père qui, de ma naissance à mes 20 ans, – moment de son décès -, avait décidé d’absolument tout dans ma vie : mes études, mes sorties, mes fréquentations, mes actions, mes pensées, aussi.

😱 296 partages, plus de 16 000 vues. De l’inattendu et du jamais atteint depuis.

Ce que les personnes qui ont partagé ce post ne savaient pas, c’est qu’il avait été rédigé comme un reproche. Un reproche que je lui adressais, d’ici à là-haut, alors que je me lançais dans l’auto-entrepreneuriat – suivant sans même m’en rendre compte, et avec fierté, le chemin que lui-même avait emprunté près de 40 ans avant moi.

  • Un reproche pour ne pas m’avoir appris à me débrouiller seule, à faire mes propres choix, à avoir confiance en moi et en ma valeur, à marcher ma vérité et mes décisions.
  • Un reproche pour m’avoir portée sur ses épaules, sans m’avoir appris à marcher.
  • Un reproche de m’avoir enseignée à m’en remettre à une autorité autre que la mienne, à lui obéir et à la craindre de surcroît, avec la sensation de n’être pas capable de tracer mon propre chemin, ni suffisante pour être considérée – par moi la première d’ailleurs.

La vérité, c’est que je souffrais et que j’avais peur.

J’avais 39 ans et je me sentais perdue, seule aux commandes d’un navire professionnel dont je ne savais pas quelle direction lui donner, et qui me semblait bien trop gros, alors même que les ambitions qui le sous-tendaient étaient gigantesques.

Je souriais pourtant, jouant les braves pour prouver à la vie, aux autres et à moi que tout cela ne m’atteignait pas. Et je me suis crue parfois.

Crédit photo : Béatrice BOUQUIN

Une peur qui était apparue depuis le moment où il avait annoncé, 5 ans avant sa mort, que dans 5 ans, il ne serait plus là. J’avais alors commencé à voir flou et porter des lunettes, à faire des crises d’hypochondrie et d’angoisse, à avoir des tocs, dès qu’il s’agissait de décider pour moi. Je n’avais alors pas fait le lien.

Prescience ou auto-destruction, 5 ans après mon père est mort effectivement, m’abandonnant à mon angoissant sort. Puisqu’il n’était plus là pour me guider, me « téléguider » devrais-je dire. Je lui en ai voulu d’avoir voulu être à ce point un pilier indispensable que sans lui, je ne savais plus exister.

Nous en avons d’ailleurs fait, avec ma sœur, une chanson que je vous partage ici dans sa toute première version composée à la guitare, seul instrument que j’avais à ma disposition à cette époque. Cette même version que j’avais alors envoyée à ma sœur, après qu’elle m’ait transmis des bouts de paroles qui m’avaient amenée à regarder ce deuil en moi que je n’avais pas encore fait.

Il est venu le temps – Chanson d’Aurélie et Caroline BRUNET – Pour toi, Papa.

Comment se débrouiller seul quand on n’a pas appris et qu’on est terrorisé.e par la vie ?

  • J’ai cherché à fuir mes pensées et mes peurs d’abord – mes besoins aussi : alcool, sorties, relations d’un soir, pitreries, ambitions professionnelles et sociales, immersion dans le travail…
  • J’ai créé, créé, créé, jusqu’à ne faire plus que ça de mes journées : Endive Store, Endive envie de, une boutique Etsy, des livres, un blog, un jeu d’oracle, des chansons, un magazine Angels Inside… Tout ce qui pouvait occuper mon esprit.
  • J’ai pris des médicaments aussi, ai bu seule chez moi, me suis noyée dans des séries télé, ai cherché à briller en chantant de l’Opéra.
  • J’ai cherché des Sauveurs surtout : des compagnons, des patrons, des thérapeutes, des coachs… Toute figure d’autorité qui pourrait me dire quoi faire, qui être, où aller. Le but n’était pas de m’autonomiser. Le but était de trouver des conseillers, alors même que je ne voulais pas de leurs conseils.

Si je suis honnête aujourd’hui, et que je me regarde vraiment, ne rien avoir à décider était un luxe et un confort dans lequel je me suis lovée durant des années. Parce que, qui dit ne rien décider, dit en effet :

  • Pas d’erreur,
  • Pas de responsabilité,
  • Pas de risque d’échouer.

Et au fil de ces dernières années, j’ai aussi réalisé qu’au-delà d’être un pilier et un père, il était un Homme : Alain.

Un homme avec son vécu, ses failles, ses blessures d’enfant, ses rêves déçus, son Amour.

Et qu’il m’a transmis du plus fort qu’il a pu, ce qu’il connaissait et qui lui semblait essentiel : la force, l’obstination, se tenir debout et serrer les dents dans les épreuves, vouloir se dépasser et réussir, ne pas faiblir face à l’adversité, se montrer généreux et joyeux même quand le cœur pleure et saigne, et quand l’espoir se meurt.

C’est d’ailleurs ce qu’il a fait jusqu’à la fin : des blagues aux infirmières à quelques jours même de sa mort.

Aujourd’hui, que je relance, ce 5 septembre 2024, l’aventure Abondance en Soi – comme une chance d’unir et d’unifier mes Univers, mes prises de conscience, mes dons et mes savoirs en un même lieu qui me ressemble – je lui dis merci.

  • Merci pour la vie qu’il m’a donnée
  • Merci pour les valeurs qu’il m’a inculqué
  • Merci pour ce modèle de courage et de gentillesse qu’il a été pour moi
  • Merci – ainsi qu’à ma mère – d’avoir brisé les chaînes de souffrance héritées de leur famille et de m’avoir aimée, au point de vouloir le meilleur pour moi.

De m’avoir amenée à comprendre que même avec les meilleures intentions du monde, personne ne sait pour nous ce qui est juste et bon. Et que chaque thérapeute, parent, aidant, ou être humain tout simplement, devrait se souvenir de ceci :

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